Le recyclage du verre, d'hier à aujourd'hui

On pourrait croire que les choses ont bien changé depuis 25 ans. Cependant, même si des avancées ont été faites, le recyclage du verre demeure un défi aujourd’hui. 
 
La collecte sélective a bien évolué au cours des 20 dernières années au Québec. Aujourd’hui, le système rejoint 99% des citoyens, les taux de récupération sont en croissance, sans oublier l’arrivée des bacs roulants qui sont venus faciliter la collecte. 
 
RECYC-QUÉBEC, l’organisme qui s’occupe de coordonner les activités de mise en valeur prévues à la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, publie à chaque deux ans un bilan de la gestion des matières résiduelles. Son plus récent bilan, soit celui de l’année 2012, est disponible depuis l’automne dernier. Dans ce bilan, on constate en effet que nous avons fait du chemin pour ce qui est de l’évolution des quantités de matières résiduelles éliminées, récupérées et mises en valeur dans la province. 
 
En ce qui concerne la collecte sélective, le bilan de 2012 indique qu’une plus grande quantité de matières recyclables a été récupérée par les centres de tri cette année-là pour un total de
1 095 000 tonnes. De ce chiffre, 970 000 tonnes de matières recyclables ont été vendues, soit une hausse de 7% par rapport à 2010. De plus, des efforts ont été consentis pour améliorer les centres de tri et favoriser l’accroissement de la «recyclabilité» des emballages. Cela a permis de réduire le tonnage de rejets (notamment des matières qui ne devraient pas se retrouver dans la collecte sélective) des centres de tri de 12% à 7,9%. 
 
Lorsque l’on parle de matières recyclables vendues, elles le sont du centre de tri vers des conditionneurs ou des recycleurs. Dans le bilan de 2012 de RECYC-QUÉBEC, le verre ne représentait que 7% des ventes de matières recyclables, soit une diminution de 10 000 tonnes de verre vendues par rapport à 2010. (Le plastique et le métal sont respectivement à 4% et 3%, mais stables depuis 2010. Le papier et le carton dominent à 84%). 
 
Là où le bât blesse en ce qui concerne le recyclage du verre, c’est que cette matière a une très faible valeur monétaire. Alors que le plastique, le métal ferreux et les fibres (en ballot) se vendent quelques centaines de dollars la tonne métrique (l’aluminium consigné, en ballot aussi, allant même jusqu’à plus de 1000$ la tonne métrique), le verre se vend à… -26$ la tonne métrique (verre non décontaminé)!
 
 
Le recyclage du verre n’est donc pas rentable. Manque-t-il de débouchés pour cette matière?
 
En 2012, les centres de tri ont indiqué avoir envoyé 39000 tonnes de verre dans différents lieux d’enfouissement afin de se servir du verre pour recouvrir les matières enfouies, pour être utilisé comme remblai ou pour consolider les chemins d’accès. 
 
Malheureusement, la faible valeur du verre lors du recyclage aura fini par causer en 2013 la fermeture du principal conditionneur de verre au Québec. 
 
En effet, Klareco était la seule entreprise ayant la capacité de traiter d’importants volumes de verre propre, mais elle était surtout la seule en Amérique du Nord en mesure de transformer le verre mixte issu de la collecte sélective. Ce sont principalement les frais reliés à la décontamination de ce verre mixte qui a poussé l’entreprise, située dans le Vieux-Longueuil, à fermer ses portes. L’usine traitait 100000 tonnes de verre chaque année. Depuis, les bouteilles et les pots en verre s’entassent dans les centres de tri de la province. 
 
Quelques autres entreprises vont récupérer le verre au Québec, comme 2M Ressources à Saint-Jean-sur-Richelieu. Lors d’une conférence à la Maison du développement durable à Montréal en janvier, Michel Marquis, directeur de l’approvisionnement et mise en marché au sein de 2M Ressources, expliquait qu’il existe plusieurs marchés pour le verre propre, mais beaucoup moins pour le verre contaminé issu de la collecte sélective. 
 
Owens-Illinois est une entreprise qui fabrique des contenants en verre pour l’industrie des aliments, de la bière, du vin, des spiritueux et des boissons non alcoolisées. Elle possède plus de 80 usines dans le monde, dont 19 en Amérique du Nord et l’une d’entre elles est située à Montréal. Celle-ci produit 2,9 millions de bouteilles par jour, incluant toutes les bouteilles des brasseries Molson et Labatt. Owens-Illinois est le plus grand acheteur mondial de verre recyclé.
 
En 2012, Owens-Illinois arrivait à se procurer plus de 65% de son verre recyclé dans la province, mais c’était bien avant la fermeture de Klareco. Aujourd’hui, capable de se procurer à peine 20% de verre recyclé de qualité au Québec, l’entreprise doit aller chercher son verre ailleurs, comme en Ontario, une province où les contenants en verre sont consignés.
 
 
Il faudrait donc revoir l’industrie du recyclage pour le verre? 
 
Sujet qui est débattu depuis des années! Le débat est surtout situé autour de la fameuse consigne pour les contenants en verre, comme les bouteilles de vin. 
 
 
Alors, quelle est la différence entre la consigne et la collecte sélective? 
 
De manière générale, la consigne permet de prétrier le verre des autres matières recyclables avant de l’envoyer dans les centres de tri. Les bouteilles de bière, par exemple, sont réutilisées plusieurs fois avant d’être recyclées (et l’on se souviendra que dans l’ordre, les 3RV sont énoncés comme suit: Réduire, Réutiliser, ensuite Recycler et finalement Valoriser). La consigne permet d’obtenir du verre de haute qualité et non contaminé. 
 
La collecte sélective permet, quant à elle, de recycler, dans la mesure du possible, le verre dans les centres de tri. Cependant, ce dernier arrive souvent brisé et mélangé à d’autres matières. Donc, contaminé. Il en résulte un verre plus bas de gamme, utile pour des produits de sablage, entre autres.  
 
Nous assistons vraiment à une bataille entre les gens qui aimeraient voir la consigne être étendue aux bouteilles de vin, comme c’est déjà le cas pour les bouteilles de bière, et ceux qui sont pro collecte sélective, évoquant comme raison qu’il ne serait pas juste de consigner uniquement les bouteilles en verre contenant de l’alcool, de peur que les autres contenants, comme le verre du pot de confiture, ne soient plus valorisés.
 
De plus, les pro-consignes, comme c’est le cas pour le Front commun québécois pour la gestion écologique des déchets, évoquent souvent le fait que la consigne sur les contenants en verre est déjà mise en place dans la plupart des provinces canadiennes, à l’exception du Manitoba et du Québec. En Ontario, des experts affirment que c’est depuis l’introduction de la consigne en 2007 que le recyclage du verre a pris un tournant favorable. 
 
Sauf qu’avec une consigne, les producteurs devraient récupérer leurs bouteilles. Le Front commun québécois pour la gestion écologique des déchets proposerait de mettre en place des centres de dépôt sur la consigne, qui s’élargirait à d’autres contenants de boisson. 
 
Du côté de la SAQ, on défend plutôt fermement le modèle de la collecte sélective. La SAQ soutient la recherche et le développement pour trouver d’autres débouchés pour la valorisation du verre, comme du béton dans laquelle on intègre de la poudre et de l’agrégat de verre. Cette initiative a permis à la Société des alcools de détourner 2 millions de bouteilles en les utilisant pour la fabrication des planchers de plusieurs de ses succursales récemment construites. Dans ce béton, c’est la portion du ciment, qui compose le mélange à une hauteur de 10 à 20%, qui est remplacé par le verre broyé. 
 
Tous ne s’entendent pas sur les proportions réelles des types de contenants en verre placés dans nos bacs bleus. Certains diront que l’on y retrouve 80% de bouteilles de vin et 20% de divers contenants, et d’autres diront que c’est plutôt moitié-moitié. Si la consigne s’élargit aux bouteilles de vin et permet une réutilisation du verre avant un recyclage pour d’autres fins, il y aura encore et toujours d’autres contenants en verre disponibles pour les différents usages à la sortie des centres de tri.
 
Autrement dit, ce serait peut-être une bonne idée d’éviter de mettre tous nos œufs dans le même panier et d’appuyer la mise en place de débouchés complémentaires pour le recyclage du verre. 
 
 
 
 
 
 
Pour en savoir plus à propos de débouchés commerciaux du recyclage du verre, consultez ce site de la SAQ
 
 
Chroniqueuse: Marie-Ève Cloutier, journaliste indépendante et chroniqueuse
en Science de l’environnement
 
 

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