Le marché du carbone

Cela fait déjà quelques années que l’on entend parler d’une bourse du carbone, de crédit compensatoire de carbone, d’une taxe sur le carbone ou même de marché du carbone. Qu’est-ce que tout cela signifie? Qui doit se conformer à ces règles et qu’est-ce que cela implique concrètement dans notre lutte contre les changements climatiques?
 
Effectivement, les appellations multiples ont de quoi nous rendre un peu confus. La participation à la bourse du carbone au Québec était recommandée depuis longtemps par différents groupes environnementaux visant la réduction de gaz à effet de serre des industries très polluantes. Alors que ce système à un lien avec les marchés financiers, il existe aussi de plus petites initiatives nommées aussi «bourses de carbone» ou «crédits compensatoires de carbone» qui encourage l’adoption de nouvelles habitudes de vie écoresponsables chez les particuliers.
 
Le Québec a décidé de mettre en place un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre, communément appelé marché du carbone.
 
Pour faire un bref historique de la mise en place de ce système, le projet a débuté officiellement en 2013. L’objectif du système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre est de réduire les émissions de GES dans les secteurs les plus émetteurs. Donc, dans un premier temps, ce sont les entreprises des secteurs de l’industrie et de l’électricité qui émettaient 25,000 tonnes métriques d’équivalents CO2 ou plus par année (par exemple, les alumineries, les cimenteries, les grands producteurs d’électricité, etc.) qui ont été visées par ce marché.
 
Il faut dire aussi que le gouvernement du Québec n’a pas élaboré à lui seul le système de plafonnement et d’échange des droits d’émission de GES. Cette solution avait déjà été en partie proposée par la World Climate Initiative (WCI) qui proposait la création d’un mécanisme de marché à la grandeur de l’économie pour diminuer les émissions de GES. Le Québec travaillait depuis 2008 à l’élaboration et au fonctionnement d’un tel système.
 
En 2014, les systèmes de plafonnement et d’échange des droits d’émission de GES du Québec et de la Californie sont liés, créant en fait le plus important marché du carbone en Amérique du Nord, même s’il n’est constitué que par deux joueurs pour l’instant. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit du seul marché au monde dont la conception et l’exploitation relèvent de gouvernements situés dans des pays distincts.
 
Depuis le 1er janvier 2015, les distributeurs de carburant et de combustibles sont aussi assujettis au système de plafonnement d’échanges de droits d’émission de GES. Le marché du carbone couvre ainsi près de 85% des émissions de GES du Québec.
 
 
Comment fonctionne le marché du carbone? 
 
Le plafond calculé et mis en place doit aider le Québec à atteindre son objectif de réduction des émissions de GES de 20% sous le niveau de 1990 d’ici 2020.
 
En attribuant un prix au carbone et un plafond à respecter, les entreprises qui arrivent à respecter les émissions fixées par le gouvernement disposent d’un surplus de droits d’émission qu’elles peuvent vendre sur le marché du carbone et ainsi encaisser des bénéfices. Cette tactique encourage ainsi une utilisation plus efficace de l’énergie, le recours aux énergies renouvelables et le développement de technologies propres.
 
Inversement, les entreprises qui n’arriveront pas à se conformer au plafond à respecter devront acheter des droits d’émission de GES. Les revenus reliés à la vente de droits d’émission seront versés au Fonds Vert. On estime que la vente des droits d’émissions génèrera des revenus minimaux de 2,7 milliards de dollars d’ici 2020. L’argent contenu dans ce fond devra servir à encourager encore plus d’initiative visant la réduction de GES, par exemple, en finançant le transport collectif ou des programmes d'efficacité énergétique. Autrement dit, c’est un peu une roue qui tourne! 
 
Évidemment, le marché du carbone n’est pas parfait. Certains le critiquent puisque, jusque dans une certaine mesure, une entreprise qui pourrait se le permettre financièrement pourrait continuer à polluer en achetant simplement des droits d’émission de GES.
 
Par contre, en suivant les tendances actuelles, de plus en plus d'investisseurs préfèrent investir dans des entreprises plus propres, qui vendent leurs droits d’émissions, plutôt que dans les entreprises qui doivent en faire l’achat. 
 
Une autre critique vient du fait que le marché du carbone est constitué actuellement par deux seuls joueurs. Évidemment, l’objectif du WCI n’est pas d’en rester là, mais d’élargir le marché du carbone à d’autres pays en Amérique du Nord. Mais dans l’attente, certains ont peur que le Québec nuise à son économie en faisant cavalier seul dans sa lutte contre les changements climatiques. L’Association des camionneurs du Québec craint, par exemple, une iniquité concurrentielle pour les transporteurs de la province.
 
Alors que l’argument économique fait encore face à l’argument écologique, on ne peut qu’espérer que les entreprises trouveraient des solutions responsables qui seront à la fois viables économiquement du point de vue de l’environnement, deux idées qui ne sont pas toujours diamétralement opposées. Pas pour rien que l’on parle de plus en plus de l’économie verte!
 
En tant qu’individus, entreprises ou organismes, il est aussi possible de se tourner vers des services d’achat de crédits compensatoires de carbone pour neutraliser notre empreinte climatique. Il s’agit plutôt ici d’un marché volontaire du carbone, contrairement au marché du carbone dont j’ai parlé jusqu’à présent.
 
Les entreprises, les gouvernements, les institutions financières, les organismes à but non lucratif et tous les individus qui agissent comme courtiers, acheteurs ou vendeurs de crédits compensatoires de carbone peuvent participer à ce marché volontaire.
 
Depuis l’automne dernier, la Bourse du carbone Scol’ERE a officiellement lancé une nouvelle alternative pour compenser les émissions de gaz à effet de serre, soit les Crédits carbone éducatifs. Il s’agit d’une innovation sociale unique créée à Lévis pour tout le Québec par la Coopérative Forêt d’Arden.
 
La Ville de Lévis a été la première à compenser une partie de ses émissions de gaz à effet de serre par l’achat des Crédits carbone éducatifs. La ville s’est engagée pour durée de quatre ans à acheter des Crédits carbone éducatifs de la Bourse du carbone Scol’ERE jusqu’à concurrence de 25,000$ par année, selon la quantité de CO2 émis par ses camions de collecte des déchets.
 
La Bourse du carbone Scol'ERE est un mouvement éducatif et collectif qui vise l’adoption de nouvelles habitudes de vie écoresponsables par la formation d’élèves à l’école primaire. Les gestes écoresponsables entrepris par les élèves sont comptabilisés et transférés en Crédits carbone éducatifs. Ces Crédits carbone éducatifs peuvent être achetés par des citoyens, des organisations et des organisateurs d’événements corporatifs afin de compenser leurs émissions de GES. Le fonds amassé par ce programme permettra de pérenniser le projet et de contribuer à la mission d’éducation à l’écocitoyenneté des élèves bénéficiant de la Bourse du carbone Scol'ERE. 
En résumé, que nous soyons un gros ou un petit pollueur, il est possible de dire qu’il existe un marché du carbone adapté pour tous afin de faire en sorte que chacun puisse réduire ses émissions de gaz à effet de serre!
 
 
Pour information:
 
 
 
 
Chroniqueuse:  Marie-Eve Cloutier, journaliste indépendante et chroniqueuse
en Science de l’environnement
 
 

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