Hyperactivité, sucre et colorants

Lorsqu’on parle d’hyperactivité, on fait généralement référence au trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, ou son acronyme TDAH, une condition de plus en plus répandue. Toutefois, son origine et ses causes restent assez méconnues. L’hérédité expliquerait la majorité des cas. Quant à l’alimentation, on ne sait pas encore exactement dans quelle mesure elle influence ce trouble.
 
Dès le début des années 1970, des publications du Dr Feingold, qui établissaient un lien entre différents aliments ou ingrédients et l’hyperactivité (colorants, sucre), a suscité énormément d’intérêt, notamment auprès des médias et des parents. Malgré que la plupart des recherches qui ont été menées par la suite n’a pu reproduire ces effets, le sujet continue de susciter l’intérêt. À preuve, si vous cherchez sur le Web le lien entre aliments et TDAH, vous tomberez sur plus de 41 millions d’entrées.
 
 
On entend dire que les colorants alimentaires pourraient causer le TDAH. Qu’en est-il exactement ?
 
Les colorants ne causent probablement pas le TDAH, mais certains colorants pourraient accentuer les symptômes d’hyperactivité. Par exemple, des recherches ont démontré que chez les enfants qui consommaient des boissons renfermant des colorants alimentaires, certains d’entre eux devenaient plus actifs, parfois impulsifs et inattentifs. Toutefois, ces observations ont été notées chez les enfants avec un diagnostic de TDAH, mais aussi chez les enfants sans TDAH. L’hypothèse la plus plausible est que le risque à développer l’hyperactivité par l’exposition aux colorants est présent chez les enfants avec une sensibilité ou une allergie à certains colorants, qu’il soit avec un diagnostic de TDAH ou pas.
 
 
Une autre information circule à l’effet que consommer du sucre peut causer l’hyperactivité. Est-ce vrai ?
 
Malgré ce mythe qui a la vie dure, principalement auprès de parents, mais aussi des enseignants et des éducateurs, le sucre, et tous les aliments riches en sucre, ne sont pas responsables des troubles de comportement. De plus, le sucre n’aggrave pas les symptômes d’hyperactivité chez les personnes atteintes de TDAH. On pointe plutôt du doigt l’environnement dans lequel ces aliments sont présentés: l’anniversaire d’un ami, la visite des grands-parents qui présentent systématiquement des aliments sucrés (biscuits, sucreries) aux enfants, les fêtes particulières comme l’Halloween.
 
 
Que faut-il faire pour diminuer ou éliminer les colorants alimentaires du régime alimentaire?
 
Les colorants se retrouvent principalement dans les aliments sans valeur nutritive, par exemple. Ces colorants n’ont aucune fonction essentielle et leur utilisation est purement esthétique. Au Canada, contrairement aux pays faisant partie de l’Union européenne, les fabricants de produits alimentaires ne sont pas obligés d’identifier les colorants utilisés dans les produits transformés. Donc si la personne est intolérante ou allergique à certains colorants, il peut être difficile, voire impossible, d’identifier quels produits pourraient  l’indisposer. On remarque que les aliments renfermant des colorants et autres additifs, contiennent souvent du sucre ajouté. Ceci pourrait expliquer pourquoi les gens ont souvent fait un lien entre hyperactivité et sucre. Au final, de réduire la consommation de ces produits transformés qui renferment des additifs tels que les colorants alimentaires, mais aussi des quantités appréciables de sucre, est une très bonne idée pour tout le monde, incluant les gens atteints de TDAH. À l’opposé, si vous êtes trop strict et si les aliments sucrés sont toujours défendus, ils deviennent des interdits. Et avec des interdits, on peut facilement exacerber l’attirance vers ces aliments, ce qui n’est pas  recommandé non plus.
 
 
Du point de vue alimentation, existe-t-il d’autres liens démontrés scientifiquement avec le TDAH ?
 
Des recherches démontrent que chez des enfants avec un TDAH, une proportion assez importante d’entre eux présentait des taux sanguins plus faibles de gras essentiels, surtout en oméga-3, comparés aux autres enfants. Pour l’instant, la prise de suppléments d’oméga-3 a donné des résultats contradictoires. Davantage d’études sont nécessaires, mais certains spécialistes recommandent quand même une supplémentation allant de 300 à 600 mg d’oméga-3 sous forme d’EPA et DHA. Il est important d’inclure dans son alimentation des aliments riches en oméga-3. En somme, autant chez les enfants avec un diagnostic de TDAH que les autres enfants, la consommation d’aliments transformés qui renferment davantage de sucre, mais également des additifs alimentaires comme les colorants, devrait être la plus modérée possible. Il serait également souhaitable que le gouvernement canadien impose à l’industrie agroalimentaire une plus grande transparence quant à l’identification des colorants dans les produits. Il faudrait peut-être repenser à exclure certains colorants davantage associés aux intolérances. À cet égard, plusieurs colorants interdits en Europe sont permis au Canada.
 
 
Pour en savoir plus:
 
 
 
Chroniqueuse: Marie-Josée LeBlanc, Extenso, Université de Montréal
 
 
 

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